25/09/2016

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Or  Arras 98 Blg

Hôtel de Ville d'Arras

 

Il est des lieux où l'on se sent petit, où la fierté, bridée par l'émotion, ne relève la tête que pour dire merci.

 

 

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Où sont-ils à présent, ces dieux qui autrefois inspiraient nos aèdes et accrochaient leur nom aux lointaines étoiles ?

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Dieux Blg 1
Persée et Andromède

 

Photos © Christian Van Moer

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LA FOLIE CORENTIN

 

        Sous le casque du salon de coiffure, Maud feuilletait négligemment son magazine. Son attention fut accrochée par un article traitant des phénomènes paranormaux intitulé « Vos fantômes vous parlent ». L’article n’était qu’un condensé des connaissances ou plutôt des croyances communément admises en para-psychologie et n’apportait rien de neuf en la matière, mais un paragraphe interpella la jeune femme.

        Lorsqu’un fantôme familier vous hante, c’est qu’il exige quelque chose de vous. Pour apaiser ses mânes et vous libérer de son emprise à tout jamais, vous devez impérativement lui donner satisfaction. La difficulté est donc de savoir ce qu’il vous veut. Et pour y parvenir, la consultation d’un médium patenté est vivement recommandée, car seul celui-ci sera à même d’établir le contact adéquat et sans danger entre l’esprit tourmenté et vous.

       « Le ramassis de sornettes habituel », jugea-t-elle tout d’abord. Mais sans qu’elle puisse les en empêcher, ces quelques lignes chassèrent ses autres pensées et s’imposèrent à sa réflexion.

        « Et si Aude, pour reposer et nous laisser en paix, attendait réellement quelque chose de nous ? Est-ce si inconcevable ? Et surtout, comment savoir ?... Après tout, qui ne risque rien n’a rien. Faisons confiance à notre intuition. Après le salon de coiffure, je fais un saut jusqu’au cimetière du Sud et je me recueille sur sa tombe. »    

        Maud resta plantée devant la sépulture d’Aude durant un long moment, espérant l’improbable communication avec l’au-delà. Attente vaine, silence total tant intérieur qu’extérieur. Déçue, mais non surprise, elle alla s’asseoir dans l’oratoire de l’entrée. Le texte de l’article continuait à l’obséder : pas moyen de penser à autre chose. Elle se remémora tout ce que Corentin lui avait appris sur son sosie, analysant dans les détails chaque épisode, chaque incident de leur relation.

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CORENTIN Blg Fantôme.jpg

(C) Editions Chloé des Lys & Christian Van Moer

 

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26/08/2015

LES OISEAUX BLEUS

 

A l'heure du berger

 
Bergers Blg

 

            Privilège

            D’être avec toi dans cet asile

            Où le temps réhabilité

            S’égrène au rythme incontesté

            Et brut du soleil versatile.

 

            Florilège

            De vers hérités des vieux bardes.

            Lorsque les chiens montent la garde

            Autour du feu traditionnel,

            Le berger chante l’éternel.

 

                              * * *

 

            Les mots ont le pouvoir d’Orphée,

            Lorsqu’ils s’envolent à l’ancienne,

            Et des incubes et des fées

            Raniment la sève païenne…

 

            Charmant prélude aux nattes blondes,

            A l’heure calme des troupeaux,

            Bergerette, au son des pipeaux,

            Virevolte au milieu des rondes.

 

            Puis des genêts l’ombre s’allonge

            Sur le corps nu d’Amaryllis,

            Qui attend, blême comme un lys,

            L’amant qui assombrit ses songes :

 

            Un centaure ombrageux qui vient

            Les flancs en feu, couvert d’écume,

            Et la laisse, au lever des brumes,

            Le souffle court et l’œil éteint.

 

            Enfin le vieux maître des cimes,

            Exclu des jeux et des ébats,

            Hurle à la lune qu’il est las

            De prélever la tendre dîme.

 

            Sait-il déjà qu’en nos mémoires,

            Il n’est plus qu’une ombre qui fuit,

            Un fonds fleuri pour des histoires

            Qui ne font plus frémir la nuit ?

 

            Mais l’aède pose sa lyre

            Et de ses hôtes prend congé,

            Car en tes yeux il a pu lire

            Qu’est venue l’heure du berger.

 

                              * * *

 

Le combat contre l'hydre

Titi.jpg( d'après Emile Jean-Baptiste BIN )

       

        L’eau monte sur la place et me noie aux genoux

        Une eau noire et visqueuse où nagent des déchets

        Ou plutôt des lambeaux de corps

        Que poussent de gros rats de leurs museaux jaloux

        Peu enclins à céder une once du flanchet

        Arraché au jabot des morts

 

        Sous le déluge hallucinant de l’orage

        Je cherche le portique où je sais te trouver

        Guerrière à l’espadon rageur

        Car je viens t’enlever pour te remettre en cage

        Et tu ne pourras plus cette fois esquiver

        Le dard de Cupidon vainqueur

 

        Mais soudain un éclair attardé sur la place

        Me découvre ton corps pendu écartelé

        Entre les vieux piliers doriques

        Et l’hydre m’apparaît qui garde cet espace

        Dilatant de fureur son long cou annelé

        Hérissé de milliers de piques

 

        Courage cher amour le héros entre en lice

        Un dieu m’a revêtu des armes de Persée

        Pour vaincre le kraken immonde

        Je vais changer bientôt ton tourment en délice

        Inconnu des humains aux mesquines pensées

        Et clamer notre hymen au monde

 

        Le monstre fait crisser ses squames pélagiques

        Coings remplis de venin qui se déverse en pluie

        Sous les coups du glaive d’airain

        Mais l’égide protège du pus maléfique

        Et de la bave en feu qu’elle transforme en suie

        Moi je frappe sans trêve aux reins

 

        Le dragon échiné se traîne sur le flanc

        Formant autour de lui des vagues déferlantes

        Le chef hideux crache sa lave

        A ma hauteur enfin et mes coups violents

        Atteignent désormais la gueule brimbalante

        Et du drakkar hachent l’étrave

 

        Les hoquets du serpent qui vomit tout son sang

        Fulminent en suints d’écume volcanique

        Et font trembler les murs de pierre

        Mais pour couvrir l’horreur de ce râle indécent

        Le ciel redouble alors sa danse frénétique

        Et lave cet impur repaire

 

        Le cloaque chuinte en avalant la bête

        Le magma se retire en entraînant les rats

        Tout maculé de sang je cours

        Sous le flot diluvien me rafraîchir la tête

        Et ôter la sanie engluée à mes bras

        Pour offrir ruisselant d’amour

 

        Enfin sa délivrance à ma belle Andromède

        Je soulève ton corps doucement pour défaire

        De tes poignets menus la hart

        Mais quand je crois baiser ta lèvre douce et tiède

        Tendre Camille un sourire lubrique éclaire

        La serveuse aux seins nus du bar

  Persée et Andromède.jpg

 ( Persée et Andromède, aquarelle de Luc Denis )

 

                                                                               * * *

   Julien à Sarajévo

      Soldat Patrouille OK orig.JPG

 photo Ch. Lessage

 

    Par un matin d'avril soufflant sa froide haleine,

    Comme un taureau meurtri qui cherche, le front bas,

    L'invisible ennemi qui le force au combat,

    J'entrai, sombre et hagard, dans la sanglante arène.

 

    Je trouvai la cité silencieuse, endormie,

    Ou terrée, espérant l'improbable accalmie

    Des feulements aigus d'une harde d'airain

    Annonçant, sur la crête, un hallali prochain.

 

    Que l'aube traversée éclairait de murs gris,

    Eventrés, vérolés, aux immondes souillures !

    Que le jute noirci cachait mal les blessures

    De ces foyers éteints aux hôtes amaigris !

 

* * *

 

 

 Les Oiseaux bleus

 Madone Blg

 

        Sur le rebord frileux de la croisée oblongue,

        Que l’aube morfondue éclaire avec tristesse,

        Deux oiseaux bleus transis par une nuit trop longue

                Espèrent de Phébus la caresse.

 

        Voiliers présomptueux , à l’aiguillot volage,

        Par des vents incertains, ils ont trop cheminé,

        Et se sont vus contraints, rendus, hallucinés,

        De rompre leur périple en ces mornes parages.

 

        Pressés d’abandonner le sinistre manoir,

        Ils guettent le lever de l’orbe solitaire ;

        Mais Phébus, insensible à leur grêle prière,

        Manque décidément à son premier devoir.

 

        Madone de cristal, au regard douloureux,

        Offre-toi aux baisers de ce dieu trop timide !

        Pour réchauffer le cœur de ces deux intrépides,

        Que ton chaste vitrail excite donc ses feux !

 

        Fébrile le plus grand ouvre soudain les ailes,

        Incitant le petit, tendre flocon de ciel,

        A dégourdir bientôt son corps immatériel

        Et fronce le duvet de ses sombres ocelles.

 

        Madone de cristal, vite ! je t’en conjure !

        Sous ton altière ogive, un drame obscur se noue :

        Des monstres noirs, cruels, des rats couverts de boue,

        Sortis d’une lézarde ont flairé la pâture

 

        Et ton lierre félon les guide !… Oh non ! Trop tard !

        Le premier assaillant est déjà dans la place.

        Un bec court, fatigué, contre cent dents voraces,

        Pour le frêle oisillon, quel fragile rempart !

 

        Mais le grand oiseau bleu, juste avant la curée,

        Peut voir son protégé filer à tire-d’aile

        Vers l’horizon que dore un soleil orbitèle

        Et crache à ses bourreaux sa morgue rassurée.

 

        Icône de cristal, aux rouges éphélides,

        Quand tes pleurs sont séchés, que ton regard est vide !

 

                                     * * *

L'antre des Grées

Gisant

 

                                                                         L’antre des grées !

                                                                        Fétide et anaérobie

                                                                    Fosse des lentes agonies,

                                                                      Où le piquier d’Arès

                                                                        Au féroce faciès

                                                                 Mène de sanglantes ribotes,

                                                                 Emplissant la sinistre grotte

                                                                   De feulements déments

                                                                    Et d’ahans véhéments,

                                                            Et laisse aux goules nécrophages,

                                                                 Pantelant relief de sa rage,

                                                                   La Jeunesse éventrée !

 

                                                                                * * *

 

  (C) Editions Chloé des Lys & Christian Van Moer

 

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