11/02/2014

GLANES DE MES ERRANCES

 

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Pastourelle
 
Charmant prélude aux nattes blondes,
A l’heure calme des troupeaux,
Bergerette, au son des pipeaux,
Virevolte au milieu des rondes.
 
Dans les genêts l’ombre s’allonge
Sur le corps nu d’Amaryllis,
Qui attend, blême comme un lys,
L’amant qui assombrit ses songes.
 
Un centaure ombrageux qui vient
Les flancs en feu, couvert d’écume,
Et la laisse au lever des brumes
Le souffle court et l’œil éteint.
 
Au loin le vieux maître des cimes,
Exclu des jeux et des ébats,
Grogne à sa louve qu’il est las
De prélever la tendre dîme.
 
Sait-il déjà qu’en nos mémoires,
Il n’est plus qu’une ombre qui fuit,
Un fonds fleuri pour des histoires
Qui ne font plus frémir la nuit ?
 
Au bistrot
 
J’observe cette faune, accoudé au comptoir.
Trois tables seulement accueillent les buveurs,
Des ouvriers en bleus qui s’attardent le soir
A taper le carton après leur dur labeur.
     
Le graillon, le tabac et l’odeur de la bière       
Ont tôt fait de chasser l’oppression de la forge.
Les visages durcis, brûlés par la poussière
Qui vole incandescente et écorche la gorge,
 
Se détendent jusqu’à redevenir humains.
Illusoire quiétude ! Impitoyable leurre !
Les postes, la sueur, la peur du lendemain
Se perdent dans l’alcool et ne s’oublient qu’une heure.
 
Au fond, sur la banquette, une mère avachie
Ecrase son mégot sur le carreau visqueux,
Recommande du doigt un verre d’eau-de-vie
Et somme son moutard de la lâcher un peu.
 
Mais le môme, lassé de regarder le chat
Qui dort sur son lambeau de jute et qui ronronne,
N’en démord pas : « Il a bientôt fini, papa ? »
Et la gifle qu’il prend fait rire la patronne.
 
 
Fugue en sol champêtre
 
Bienvenue, beau ménestrel !
Pour le gîte et le couvert,
Viens égayer l’hyménée.
 
Chante-nous quelque rondel,
Emplis la charmille d’airs
Qui réveillent les aînées,
 
Qui embrasent les prunelles
Des lurons et des pucelles…
 
Pressée par l’assistance,
La voix, douce, s’élève
Et la danse commence
Sur des notes de rêve
 
Qui embrasent les prunelles
Des lurons et des pucelles…
 
Magie de la viole !
On vide les fioles,
On s’éclipse à la brune,
Pour flirter sous la lune
 
Qui embrase les prunelles
Des lurons et des pucelles…
                            
Dès minuit, le marié
Cuve son vin
Sous le laurier.
 
Et au petit matin,
Dans sa robe glacée,
La vierge délaissée
 
Suit le beau gosse
Qui a mené la noce
Et envoûté la tonnelle
Des lurons et des pucelles…
 
 
Métempsychose
 
D’un doux baiser soudain l’irrésistible envie…
Mais le feu de sa lèvre affole et fond mes heures
Qui courent à rebours vers une aube antérieure :
J’ai aimé cette femme au cours d’une autre vie !
 
C’est elle assurément, ô ma mémoire étrange,
Transfuge du passé, qui revient m’envoûter.
Mon cœur s’est déjà pris aux lacs de sa beauté
Et bénit ce retour qui ma raison dérange.
 

Refuser ce présent des limbes revenu ?

Si son nom est nouveau, ses charmes sont connus…
Et ses courbes de nymphe enfièvrent mon désir.
 
Aurait-elle oublié nos lancinants soupirs,
Nos morsures d’amour et nos cris de plaisir ?
Non ! Je lis en ses yeux qu’elle m’a reconnu.
 
 
La Beauté
 
L’Intelligence
 
– On dit qu’elle est bien belle.
Qu’elle amende le monde,
Qu’on ne pourrait sans elle
Reculer l’échéance
De l’ultime seconde…
 
Hélas ! sa force est détournée,
Ses voies souvent sont erronées
Et ses effets pervers
Laissent ma salive imprégnée
D’un goût amer.                                         
                      
La Nature
 
– On dit qu’elle est très belle,
Qu’elle est soumise à l’homme,
Pour lui qu’elle ruisselle
De miel et d’ambre pur.
C’est notre ruche en somme…
 
Elle est pourtant bien rancunière !
Les affronts ne supporte guère
Et sa vengeance couve,
Tapie au fond de sa tanière
Comme une louve.
                                        
L’Ame
 
– On dit qu’elle est si belle
Que c’est le don des dieux,
Qu’elle nous pare d’ailes
Sauvant nos corps infâmes
D’un sort ignominieux…
 
Que de gourous abusent d’elle !
Mais seulement existe-t-elle ?
N’est-ce là vanité ?
Ma pauvre raison se rebelle
A l’inventer.
 
Les Muses
 
   On dit qu’elles sont belles
Et que dans leur parage
Les fleurs sont immortelles.
Mais nul ne les abuse
Ni ne les tient en cage…
 
Poètes, peintres, musiciens,
Ne vous moquez pas des Anciens
Qui les ont courtisées.
Le laurier pousse toujours bien
Sur leurs brisées.
 
Eve
 
– On l’a dite sans âme,
Un objet, un jouet,
Qui pleure ou qui se pâme.
Elle est pourtant la sève
Qui d’amour nous repaît…
 
Et pour moi, c’est la seule icône
Que l’on se doit de vénérer.
Seule, dans cette faune
Qui grouille au point de m’effarer,
La Femme est belle.
 
 
© Chloé des Lys et CVM
 

 

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13:08 Écrit par CVM | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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