08/06/2014

CONTES DU VIEUX TROUVERE

Des cavaliers cagoulés et vêtus de cuir rouge, d'une adresse diabolique au tir à l'arc, chevauchant des licornes bleues...

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                                                  ©   CVM

EXTRAIT DES "LICORNES BLEUES"

       Le domaine de Vesper, la fée bleue, est un lieu enchanté. Un merveilleux petit vallon herbeux verdoyant, protégé par un large rempart quasi infranchissable de hauts arbres touffus qui le dissimulent aux regards des hommes depuis la nuit des temps.

      Une cascatelle descend l’eau cristalline du versant méridional de la cuvette et alimente un petit lac au bord duquel se trouve le séjour de la fée. Un cottage bucolique, au toit de chaume et aux murs couverts de lierre, aux abords riants, fleuris en permanence. Près de l’enclos aux licornes, la chaumine des nains, les vigiles du site, l’écurie et une petite forge.

       Les licornes ! Les dernières licornes bleues. Vesper est la gardienne de ces animaux fabuleux. Il n’en reste que trois au monde : un étalon et deux cavales.

       Le sage n’ignore pas que l’extinction de la licorne blanche,  fille de la pureté, ou de la licorne bleue, celle de la liberté,  présagerait le triomphe définitif des forces du mal sur la Terre. Aussi, la fée Vesper, comme sa consœur Aurore, mesure-t-elle toute l’ampleur de sa tâche et de ses responsabilités.

       La licorne bleue est d’un caractère plutôt rétif et ombrageux. Elle ne se laisse pas monter par un cavalier ordinaire. Ne supporte ni selle, ni mors, ni bride. Il faut la chevaucher à cru, sans armure ; faire corps avec elle, pour ne pas être sur-le-champ désarçonné, piétiné, voire empalé par sa corne frontale, cet éperon d’ivoire fascinant qui l’élève bien au-dessus des autres équidés, à la hauteur de Pégase.

          Mais si d’aventure son cavalier a été nourri de son lait  dans son enfance, la licorne bleue lui est alors totalement soumise et met toute sa puissance à son service. Ne faisant plus qu’un, cavalier et monture deviennent formidables, insaisissables, pratiquement invulnérables.

         La bonne fée Vesper est bien décidée à nourrir les trois petits orphelins au lait bleu...

© CVM & les éditions Chloé des Lys

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©  photo CVM

 

EXTRAIT DE "LA TOUR AU LIERRE"

       Le clair de lune répand sa magie sur la vallée d’Aiguefranche. La douceur de la nuit calme les angoisses et plonge les âmes du comté dans un sommeil paisible et réparateur.

       Mais Oriane, elle, ne veut pas dormir.

       Emmenée sans ménagement au sommet du donjon pour y être enfermée, la malheureuse a eu beau implorer ses ravisseurs, leur promettre de l’or et l’impunité s’ils la relâchaient, les réponses irrespectueuses et grossières de ces rustres ne lui laissent aucune illusion quant à ses chances de parvenir à les convaincre.

       Debout sur un étroit ressaut de meurtrière, abattue par l’affliction, elle ressent un vertige morbide qui l’attire vers le vide. Mais sa foi retient la fatale voltige. Comme un marin, de guet au plus haut de la hune, figée dans son rayon de lune, son regard s’égare dans la vallée.

       Elle sort pourtant soudain de sa torpeur : un murmure d’abord, une chanson bientôt, en traversant les bois monte jusqu’au créneau.

       Quelle est donc cette voix qui lui dévore l’âme, avant de l’apaiser comme un baume tranquille ? Pourquoi ce chant l’interpelle-t-il ainsi ?

       La lisière du bois s’ouvre alors et la lune illumine un chevalier d’argent qu’Oriane ébahie reconnaît aussitôt : Renaud ! son cher Renaud, qui accourt vaillamment à son secours.

       Le prince laisse son destrier, sa lance et son écu trop encombrants dans les taillis et s’avance en silence, en se dissimulant le plus possible pour échapper aux regards,  jusqu’au pied de la tour dont il entreprend aussitôt l’escalade.

       Oriane, remplie d’effroi à la pensée du risque que prend son téméraire fiancé, se penche dangereusement vers lui. Mais le prince atteint son archère sans encombre et repousse la captive hors de l'étroite ouverture pour la rejoindre dans sa prison.

       – Ah ! Renaud, s’exclame la jeune femme en l’étreignant fébrilement, quelle joie de t’avoir enfin près de moi ! Ton doux chant m’a rendu la raison et la vie.

       – Que dis-tu ? Mon doux chant ? Quel doux chant, ma mie ? Jamais je n’ai chanté ! Est-ce concevable ?  Il y a sous nos pieds de dangereux forbans qui, s’ils dorment la nuit, restent vigilants ! Si j’ai pu fredonner un air, c’est dans ma tête.

       – Qu’importe, mon amour ! Fais-moi sortir d’ici sans plus tarder.

       – Impossible cette nuit, hélas ! ma mie : l’huis est des plus robuste et la serrure renforcée. Mais ne désespère pas, demain je la crochète. Te faire descendre la muraille est hors de question et un assaut frontal te mettrait en danger. Je connais ce donjon et saurai t’en sortir. En attendant, mon cœur, la nuit est notre alliée : jusqu’au petit matin, goûtons dans ta prison au plaisir clandestin ; ta couche nous attend pour nous faire oublier notre infortune.

       A l’aube, quand sonne l’heure de la séparation, Renaud noue autour des hanches d’Oriane au cœur gros son écharpe de soie blanche.

 

© CVM & les éditions Chloé des Lys

 

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Illustration © CVM

 

 

 

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